Le Praxinoscope d'Émile Reynaud : Secrets du mouvement et de la lumière

Le Praxinoscope d'Émile Reynaud : Secrets du mouvement et de la lumière


Qu’est-ce qu’un praxinoscope ?

Imaginez un tambour qui tourne. À l'intérieur, douze dessins d'un cheval en plein galop. Mais au lieu de regarder directement les images à travers des fentes comme dans le zootrope, vous les observez dans des miroirs plantés au centre du tambour. Et là, magie : le cheval court, fluide, sans trembler, sans scintiller.

C'est ça, le praxinoscope. L'invention qui a permis à Émile Reynaud, en 1877, de régler un problème que personne n'avait résolu avant lui : comment voir une séquence animée plus nette.

 

Comment ça marche, un praxinoscope ?

La structure de base ressemble à celle de son cousin le zootrope, mais avec une modification qui change tout :

  1. Un tambour ouvert tournant sur un axe.
  2. Une bande animée placée à l'intérieur du tambour.
  3. Un prisme de miroirs fixé au centre de l'appareil.
Le Praxinoscope en rotation : l'illusion du mouvement s'éveille.

Le Praxinoscope en rotation : l'illusion du mouvement s'éveille.

 

Le praxinoscope utilise la réflexion. Chaque miroir du prisme central est incliné de manière à refléter exactement une image de la bande.

Lorsque le tambour tourne, une image remplace l'autre dans le miroir sans que l'œil ne perçoive de coupure noire. Le résultat est une animation d'une clarté et d'une luminosité alors jamais atteintes.

Une luminosité totale : Puisqu'il n'y a plus de parois pour bloquer la lumière, l'image n'est plus assombrie. On peut l'observer dans une lumière d'ambiance normale.

L'absence de flou : Là où le zootrope demandait des fentes très fines pour être net, le miroir offre une image stable. Le mouvement est fluide.

Grâce à sa conception ouverte, le praxinoscope permet à plusieurs personnes de se tenir autour de l'objet et d'observer l'animation simultanément, sans avoir à coller son œil contre une paroi. C'est l'ancêtre direct de la salle de cinéma : un spectacle collectif et lumineux.

 

Différence entre le Zootrope et le Praxinoscope

Avant le praxinoscope, il y avait le zootrope de William George Horner (1834). Un tambour percé de fentes verticales que vous faisiez tourner en regardant à travers les ouvertures. Chaque fente laissait passer un éclair d'image. Douze fentes par tour. Entre chaque fente: du noir.

Le zootrope fonctionnait, l'illusion du mouvement était là. Mais l'image restait sombre sans source de lumière puissante, tramée par les fentes, et scintillait légèrement. On voyait les images directement à travers les ouvertures, ce qui limitait la luminosité et la netteté.

Reynaud part de cette observation en 1877. Et si, au lieu de regarder à travers des fentes, on regardait des reflets ? Au lieu de vision directe, une vision réfléchie. L'idée est simple : remplacer les fentes par des miroirs centraux qui captent les images et les renvoient à  l'œil.

 

Comparaison technique : le Zootrope (à gauche) face au Praxinoscope (à droite).

Comparaison technique : le Praxinoscope (à gauche) face au Zootrope (à droite).


L'évolution : du jouet au théâtre

Émile Reynaud ne s'est pas arrêté là. Conscient du potentiel narratif de son invention, il l'a déclinée en plusieurs versions de plus en plus sophistiquées :

Illustration d’époque d’une utilisation collective du Praxinoscope-Théâtre.

Illustration d’époque d’une utilisation collective du Praxinoscope-Théâtre.

 

Le Praxinoscope-Théâtre : L'appareil est placé dans une boîte munie d'un décor fixe en carton. Les personnages animés semblent alors évoluer dans un véritable décor de théâtre.

Le Praxinoscope à projection : En utilisant une lanterne magique, Reynaud projette les images sur un écran, permettant à une assemblée entière de regarder l'animation.

Le Théâtre Optique : L'aboutissement ultime où les bandes de papier deviennent de longues pellicules peintes à la main, permettant de raconter de véritables histoires de plusieurs minutes.

Émile Reynaud manipulant le Théâtre Optique au Musée Grévin. (Capture issue du film de Joël Farges, Émile Reynaud ou les Pantomimes lumineuses, 1981).

Émile Reynaud manipulant le Théâtre Optique au Musée Grévin. (Capture issue du film de Joël Farges, Émile Reynaud ou les Pantomimes lumineuses, 1981).

 

Comme pour le zootrope, le nombre d'images sur la bande détermine la complexité du mouvement. Cependant, grâce à la précision des miroirs, le praxinoscope supporte mieux les transitions complexes.

Les bandes de Reynaud comptaient généralement 12 images. Ce chiffre permettait d'obtenir un cycle parfait pour des actions fluides : un enfant jouant au volant, un clown jonglant, ou un acrobate en plein saut. La réflexion dans le miroir crée une sorte de fondu enchaîné naturel qui donne à l'animation une douceur organique, presque poétique.

Le praxinoscope est bien plus qu'un jouet ancien. C'est l'invention qui a prouvé que l'animation pouvait être lumineuse, nette et spectaculaire. En supprimant la barrière visuelle des fentes, Reynaud a ouvert la voie aux dessins animés modernes.

Observer un praxinoscope en action aujourd'hui, c'est redécouvrir la fascination des premiers spectateurs devant la "vie recréée". C'est un pont entre la physique optique et la magie pure.

Si l'histoire retient souvent les frères Lumière, Reynaud projetait ses "Pantomimes Lumineuses" au musée Grévin dès 1892, soit trois ans avant la première séance publique du Cinématographe.

Le praxinoscope demeure aujourd'hui un objet fascinant, symbole d'une époque où la science cherchait encore à capturer l'âme du mouvement à travers l'art du dessin.

 



Pour aller plus loin

Découvrez l'histoire fascinante de cette invention : « L'épopée du Praxinoscope : Comment Émile Reynaud a inventé le dessin animé»

 

Pour saisir la portée de cette invention, il faut faire tourner le tambour soi-même. Observer le surgissement du mouvement à travers les fentes est une expérience presque hypnotique.

Découvrez notre collections de Praxinoscopes

 

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